Ces dernières années, les neurosciences ont fait l’objet d’un véritable engouement, faisant souvent la une des journaux avec de nombreuses découvertes. En effet, contrairement à tous les autres domaines scientifiques, les neurosciences n’étaient qu’à l’état d’embryon au début des années 2000.
Comme j’ai été très intriguée par ce buzz et le concept de neuroscience lui-même, j’ai décidé de m’inscrire à un cours pour approfondir le sujet, avec l’idée de tirer parti des neurosciences pour renforcer la résilience des employés et des organisations.
Après un cours intensif achevé juste avant Noël et un examen final encore plus intense la semaine dernière, je suis très fière d’annoncer que, même si je n’ai pas encore reçu les résultats et que je ne sais donc pas si j’ai obtenu mon certificat en neurosciences cognitives ou non… je me sens néanmoins légitime pour écrire sur ce sujet et son lien avec le monde de l’entreprise.
Savez-vous ce que sont les neurosciences cognitives ?
Les neurosciences cognitives sont un domaine d’étude qui explore la relation entre le cerveau et les processus cognitifs, tels que la perception, les émotions, l’attention, la prise de décision, pour n’en citer que quelques-uns.
Elles étudient la manière dont le système nerveux et le cerveau sont impliqués dans les processus mentaux conscients (et inconscients !), la conscience étant au cœur des neurosciences cognitives. En effet, comme l’a mentionné le prix Nobel Eric Kandel : « La conscience est au cerveau ce que la marche est aux jambes », ce qui signifie que nous avons besoin de jambes pour marcher et de conscience pour que le cerveau fonctionne.
Voyons dans quelle mesure il est pertinent de tirer parti d’une science aussi « nouvelle » pour stimuler le bien-être et la résilience dans le monde de l’entreprise.
Pour ce faire, examinons quatre processus différents qui sous-tendent les neurosciences cognitives et comment nous pouvons tirer parti de chacun d’entre eux pour renforcer la résilience de vos employés et de vos dirigeants.
1. Stress et régulations émotionnelles
Le corps sait avant le cerveau. Ainsi, lorsque nous sommes confrontés à un danger, nous nous battons ou nous fuyons (ou nous nous figeons) avant de ressentir l’émotion de la peur. Il s’agit de la théorie « périphéraliste » de James-Lange, selon laquelle les émotions naissent de l’excitation physiologique. Lorsque nous sommes confrontés à un stimulus, celui-ci provoque une réaction corporelle que notre cerveau interprète comme une émotion.

Comme pour beaucoup de choses en science, le corollaire existe. Si nous simulons physiquement un sourire, imitant le plaisir, nous ressentirons alors l’émotion du plaisir. Nous pouvons en effet reprogrammer notre cerveau inconscient, réguler nos émotions, avec des techniques comme le neurofeedback ou le biofeedback. De même avec les techniques de cohérence cardiaque, en nous concentrant sur notre respiration, c’est-à-dire sur notre corps, nous pouvons réguler notre système nerveux autonome et réduire les émotions difficiles comme le stress, l’anxiété, la peur.
En matière de régulation des émotions, nous pouvons également utiliser la visualisation. Imaginez une situation, visualisez-vous mentalement en train de gagner un match de tennis ou d’obtenir un nouveau client, et la partie de votre cerveau liée au plaisir et à la récompense (dopamine) sera activée, presque comme si vous aviez gagné ce nouveau client ou ce match dans la réalité.
Pour réduire le niveau de stress ressenti par les employés et encourager la régulation émotionnelle, il faut donc :
- Proposer des programmes d’apprentissage incluant le neurofeedback, la pensée positive, la cohérence cardiaque et la visualisation pour aider vos employés à mieux réguler leur niveau de stress.
2. Notre attention n’est pas illimitée
Dans la plupart des organisations, la charge cognitive est élevée, avec trop de tâches ou de décisions à accomplir ou à prendre en même temps, ce qui nuit à la prise de décision, à la productivité et à la résilience. Notre attention a ses limites, et pour être pleinement concentré, il faut beaucoup d’énergie mentale et physique. De plus, dans notre monde ultra-rapide et surchargé d’informations, nous avons tendance à fonctionner en mode multitâches, croyant à tort qu’en concentrant notre attention sur 4 ou 5 tâches à la fois, nous serons plus efficaces et plus productifs. L’efficacité du « multitâche » est une illusion, comme le montre le graphique ci-dessous.

Compte tenu de ce qui précède, les organisations peuvent aider à stimuler l’attention de leur personnel grâce aux suggestions suivantes :
- Encourager la monotâche
- Promouvoir des pauses fréquentes et régulières pour restaurer l’énergie cognitive et l’attention.
- Encourager les équipes à travailler en flux (article sur le flux à suivre), avec une attention et une concentration totales sur une seule tâche, ce qui rend les gens 40% plus efficaces et moins épuisés. Lorsque nous travaillons en flux, nous éteignons presque la zone du cortex préfrontal de notre cerveau, où toutes les tâches complexes sont exécutées, et nous sommes moins fatigués et plus performants.
- Réduisez la complexité, en particulier dans la prise de décision (plus facile à dire qu’à faire, je sais). Notre cerveau a besoin de simplicité pour fonctionner au mieux.
- Encouragez les pratiques de pleine conscience pour permettre à notre cerveau surchargé, et en particulier à notre cortex préfrontal, de souffler un peu. Les IRM des personnes pratiquant la méditation ou la pleine conscience montrent des connexions neuronales beaucoup moins activées dans la zone du cortex préfrontal de leur cerveau. Cela favorise l’attention, car le cerveau se sent moins fatigué et plus apte à se concentrer et à se focaliser.
- Enfin, il convient de promouvoir des campagnes sur le sommeil et le repos, car aussi bien le sommeil que le repos renforcent notre attention cognitive et notre capacité à rester concentrés plus longtemps.
3. La perception n’est pas la réalité
Rappelez-vous que ce que vous voyez ou ce que vous percevez n’est pas la réalité. En effet, 90 % de ce que nous voyons est basé sur nos attentes, nos prédictions, nos hypothèses, nos a priori, voire nos souvenirs, ce qui ne laisse que 10 % à la « réalité » de ce que nos yeux voient réellement. Nous « confabulons », pour utiliser un terme philosophique, c’est-à-dire que nous créons une réalité fictive pour compenser les lacunes de notre mémoire. N’oubliez donc jamais que ce que vous voyez ou percevez est probablement très différent de ce que voient vos collègues ou les membres de votre équipe, car vos perceptions sont différentes. À cela s’ajoute le fait que notre perception est biaisée par notre vision. En effet, le temps que nous passons à cligner des yeux représente environ 20 % de notre journée, 20 % de notre journée passée les yeux fermés. Comme le cerveau n’aime pas les vides, il les comble avec son imagination. Cela signifie encore une fois que notre perception est semblable à notre imagination, c’est comme une hallucination contrôlée par la réalité.
Regardez les images ci-dessous, quel carré est le plus foncé, A ou B, et quelle tour de Pise est la plus penchée, la droite ou la gauche ?

Source : Images utilisées par le Professeur Olivier Jorand, Cours de Neurosciences Cognitives, 2024
En effet, comme vous pouvez l’imaginer, A et B sont de la même couleur et les deux Tours sont parallèles… laissez-moi un message si vous voulez voir la preuve…
Imaginez maintenant votre propre organisation, avec ses employés et managers, chacun ayant sa propre « réalité » basée sur ses a priori, ses prédictions. C’est la porte ouverte à l’incompréhension, voire au désastre.
Pour éviter de telles incompréhension et pour que la communication se déroule sans heurts :
- Veillez à communiquer clairement, à être aussi transparent que possible et à vérifier ce que votre équipe comprend afin d’éviter des perceptions différentes au sein d’une équipe et de se débarrasser ainsi des malentendus.
4. Conscience et inconscient
L’inconscient et la conscience sont devenus, en très peu de temps, les figures de proue de la recherche sur les fonctions cérébrales et les neurosciences cognitives. Dans la nature, l’inconscient est la norme et non l’exception. En prenant l’image de l’iceberg, l’inconscient est la partie immergée de l’iceberg, la conscience n’en étant que la toute petite partie émergée.
Dans le monde de l’entreprise, nous avons tendance à ignorer cela, pensant que la plupart de nos décisions sont prises en toute rationnalité, avec notre esprit conscient aux commandes. Ce n’est pas vrai, beaucoup de nos décisions sont prises inconsciemment, souvent sous l’influence de nos multiples préjugés. La recherche montre que lorsque nous sommes fatigués, nous avons tendance à basculer dans notre système 1, notre système de pensée rapide, qui est automatique, inconscient, et nous sommes ainsi plus enclins à dire « non » que « oui ». Notre inconscient a donc un impact sur nos décisions, que nous le voulions ou non.
Afin d’éviter toute « mauvaise » décision due aux divers préjugés que nous pouvons avoir, les organisations peuvent faire ce qui suit :
- Former les membres du personnel à pratiquer ce que nous appelons la « métacognition », c’est-à-dire la capacité de réfléchir à ses propres pensées. Cela peut être un élément clé de la conscience de soi et de la résilience, aider à contrôler et à réguler nos pensées, et aider à prendre une certaine distance par rapport à notre propre personne (également appelée « vue d’hélicoptère »).
Plus nous intégrerons les neurosciences cognitives dans notre stratégie et nos programmes de résilience et de bien-être, mieux nous serons en mesure d’équiper nos employés et nos dirigeants pour faire face au monde BANI (brittle-fragile, anxieux, non linéaire, incompréhensible) dans lequel nous vivons.